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Avatar de Margot

est-ce qu'on ne pourrait pas avoir peur qu'avec les dérives de donner son opinion à toutes les sauces, on se retrouve juste dans un énorme gloubiboulga où le citoyen n'arrive plus à démêler le vrai du faux?

Je pense qu'effectivement, avec l'évolution des audiences, la pratique doit suivre le mouvement mais le rôle de journaliste reste avant tout de transmettre des faits. Et on aime plus ou moins tel ou telle journaliste pour sa manière de raconter ces faits.

Si je veux de l'infos avec des personnes qui donnent leur opinion, je ne lis pas des journalistes mais des personnalités publiques ou experts d'un milieu.

Avatar de Pierre Sormany

Bonjour Farnell. Je réfléchis beaucoup sur cette exigence de neutralité formelle, dans l’approche classique du journalisme. Dans mon manuel, « Le métier de journaliste », au chapitre 2 sur les règles d’éthique, j’oppose la prescription classique, telle que défendue par François Cardinal de La Presse, à une vision plus contemporaine qui reconnaît que tout traitement de l’information suppose un cadre d’analyse (pour distinguer ce qui est essentiel et porteur de sens, par rapport au bruit de fond), et que cette analyse est toujours tributaire de choix idéologiques implicites, qu’ils soient conscients ou non. Dans ce sens, la déclaration ouverte des référents idéologiques des journalistes serait une marque de transparence et d’honnêteté. J’oppose ces deux visions sans vraiment trancher, en reconnaissant que cette norme est l’objet d’un débat actif au sein de la profession.

Or, je poursuis en parallèle une réflexion en profondeur sur les « consensus » qui servent de trame de référence au journalisme prétendument objectif, et qui sont en fait des choix idéologiques discutables… mais jamais déclarés. Mes réflexions portent sur la couverture du génocide Rwandais (où peu de journalistes ont remis en cause la responsabilité des Tutsis, présentés uniquement comme victimes), celle de la guerre civile de l’ex-Yougoslavie (où notre presse a fermé les yeux sur les crimes de guerre des Croates et des Bosniaques, pour ne voir que les horreurs, bien réelles certes, commises par les Serbes), la guerre civile en Syrie (ou l’opposition fratricide sunnites vs chiites n’a pas été prise en compte, au début du conflit du moins), la pandémie (où toute remise en question des énoncés de la Santé publique a été traitée comme une dérive complotiste), la guerre en Ukraine (où l’intervention russe a été traitée comme une preuve de l’impérialisme russe, sans remise en question des gestes de provocation posés par les Américains qui ont rendu cette guerre « inévitable »), et plus récemment le raid US contre Maduro. Autant de dossiers qui montrent que les bases consensuelles de l’objectivité journalistique sont toujours porteuses de prises de positions.

J’ajouterais la tendance au « both-sidesism » (traiter les situation en partageant les blâmes de manière équilibrée, comme si c’était preuve d’objectivité) dont j’ai parlé dans ma dernière chronique dans L’aut’Journal, en marge de ce raid vénézuélien.

Bref, tes préoccupations me rejoignent, et elles sont au coeur de la réflexion actuelle sur l’avenir des médias.

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